MOHA MMZ

mercredi 18 novembre 2026
BOTANIQUE

Moha MMZ vient tout droit d’« une bulle », comme il le dit lui-même. Un monde à part, avec ses règles et ses inspirations singulières, quartier bien trop loin de Paris pour être une banlieue comme les autres : les Tarterêts. C’est là, à Corbeil-Essonnes, parmi une bande qui n’a jamais rien fait d’autre que de jurer seulement par elle-même, qu’il est né au rap et à la musique, qu’il s’est forgé en artiste. Tout juste adolescent, chaperonné par les plus grands qui voient en lui ce que pourrait être l’avenir, il s’accroche au micro. Il a en tête les saillies va-t’en-guerre des princes de Chicago, Chief Keef ou Lil Durk, icônes d’un petit cercle en France, qu’il s’applique à mêler à des plages instrumentales nuageuses. « C’était le son des Tarterêts, un truc bizarre, propre à nous, dit Moha. On ne voulait rien d’autre, on ne voulait pas se mélanger. On ne calculait rien. Pour nous, percer, ce n’était pas d’actualité. On n’avait pas vingt ans, on venait d’un des quartiers les plus chauds de France et on ne pouvait pas rêver de ce que l’on ne connaissait pas. On était juste « QLF ».

« Que la Famille ». Le mantra d’une légende: PNL. Tout proche du célèbre duo, qui lui aussi est originaire de la bulle des Tarterêts, Moha prend du galon à ses côtés. À 15 ans, il sèche le lycée pour s’en aller rapper avec les deux frères le temps d’un clip à Rotterdam et, en 2015, il apparaît sur Le Monde Chico, leur premier album tutélaire. Dans le sillage triomphant de PNL, Moha et son complice de studio, Lazer, déploient les contours de ce qui devient alors très vite pour le public l’autre grand blason des Tarterêts : MMZ. Le groupe multiplie les morceaux et les clips, Booska-P et Rap Elite chroniquent chaque épisode de son ascension et, en 2016, un premier album, Tout pour le gang,  avec son hymne entêtant, « Cocaïna », certifié single de platine. Deux autres albums suivront jusqu’à ce qu’en 2020, Moha décide de se lancer en solo. Au même moment, et ce n’est peut-être pas un hasard, il décide de quitter sa bulle pour s’installer à Paris.

À des kilomètres de ce qu’il a connu jusque-là, dans le bruit et la vitesse de la grande ville, Moha rencontre du monde, se confronte à d’autres vies et se découvre des manières de caméléon. Lui qui, déjà, chez lui, dans son coin, aime depuis toujours écouter Radiohead, Lauryn Hill ou encore Bob Marley, cisèle alors un peu plus son éclectisme. Son premier album sous le seul nom de Moha MMZ, Euphoria (2022), est le produit de cette nouvelle histoire, jetant les bases d’un rap aux carrefours de mille et une envies parfois quasi-pop, traçant l’ornière d’une hybridité éthérée en phase avec l’époque. Le clip de son single phare, « Habitué », cumule très vite plus d’un million de vues sur YouTube. Deux ans et demi plus tard, après avoir passé une bonne partie de son temps à voyager à travers le monde, du Costa Rica au Japon en passant par Los Angeles, l’artiste sort un deuxième disque, La Plage: « C’était une manière de dire que je pouvais être à l’aise partout, tout le temps. Je n’étais plus un imposteur débarqué des Tarterêts comme j’avais pu le penser. »

Les Clés de la Casa, le nouvel album de Moha MMZ, à paraître le 27 novembre (nom album et date sous embargo), est comme le point de jonction de tous ces univers que le jeune homme a su appréhender au fil des années. C’est une manière d’échafauder une passerelle entre cette fameuse bulle et ce qui existe en dehors, à Paris et ailleurs. C’est un lien finement tissé entre la conscience du passé, l’évidence du présent et le rêve du futur. Tout est là, le rap et le reste, les chakras grand ouverts d’un artiste qui assume sa volonté de pouvoir piocher ce qu’il veut pour sa musique, mais aussi ce qui lui reste de fragilité et d’empêchements parce qu’il reste malgré tout, un peu, Moha des Tarterêts contre le reste du monde. « Je ne fuis plus rien, j’arrive à affronter les vides de ma vie et, en même temps, je continue de chercher qui je suis, j’expérimente. Les « Clés de la casa », c’est ce qui représente cette quête. Ces clés, je les perds et je les retrouve en permanence. C’est ça,    « Les Clés de la Case », dit-il. Le troisième solo du rappeur, enregistré entre Paris et Montréal, grâce aux bons offices, notamment, de l’ingénieur du son Nk.F, est une histoire portée par l’écho aux plus de quatre millions de streams de « Mikasa », bande originale attitrée des dernières « Vlogs d’août » de la Youtubeuse Léna Situations. Une confession amoureuse où le rap le plus aiguisé de Moha et un refrain renvoyant aux fulgurances des années MMZ atterrissent sur une instrumentale tourbillonnante – « dès le départ, j’ai dit aux beatmakers de laisser libre cours à leur imagination ».  Il y a là aussi « J’suis qu’un connard » et ses façons de pop futuriste, ou encore cette scansion presque parlée, comme un murmure martelé à l’oreille, sur l’envolée de « 402.03 ». Ou encore « Douga », deuxième single de l’album, dont la référence à un gamin des Tarterêts, emblème malicieux du quartier, est, pour Moha, le moyen d’imaginer le carnet de bord tout en flashbacks d’une nostalgie pour la vie du côté de son quartier de toujours. « C’est un morceau qui montre que je reste un zoulou, quoi qu’il advienne et, en même temps, j’ai envie de montrer aux petits de chez moi, comme Douga, que l’on peut envoyer bouler les codes avec lesquels on a grandi chez nous, que l’on peut s’inspirer sans limite. Ce morceau, il est plein d’images », résume Moha.

Après être passé, à la fin du mois d’août, au Rose Festival de Bigflo et Oli, ainsi que sur la scène parisienne de l’Accor Arena à l’occasion d’une grande soirée imaginée par Léna Situations, pour présenter « Mikasa » ainsi que le récent single à succès « Papillon » en featuring avec Romsii, Moha MMZ se produira à nouveau en concert cet automne le long de sept dates, dont une à Bruxelles et une autre à Paris, à La Maroquinerie, le 2 novembre. Avant d’entamer une longue tournée des festivals l’été prochain (info sous embargo). Une nouvelle aventure et d’autres expériences avec, en poche, et même en bandoulière, comme un étendard, les clés de sa casa.